Moïse Alric Paul JOURNET 1892/1914

Fils d’Auguste, petit propriétaire-cultivateur, et de Marie MAURIN, jardinière, installés à Trèbes depuis 1882. Cadet d’au moins 5 enfants, il est né le 17 novembre 1892 à Trèbes.

 

La commune de Trèbes est située à proximité de Carcassonne, à 6 km à l'est decette ville. Son emplacement stratégique sur la route entre la Méditerranée et l'océan Atlantique est connu depuis le néolithique. La commune se trouve dans un couloir entre la Montagne Noire au nord et les Corbières au sud-est, la plaine du Lauragais à l'ouest et la vallée de l'Aude au sud. La superficie est de 16,36 km² ce qui en fait une grande commune comparée à celles de l'Aude. Elle est peuplée de 1100 habitants en 1793, 1850 en 1893 et  près de 2000 trébéens et trébéennes en 1914. Traversée par le canal du midi, au cœur d’une région viticole, son port a été très actif.

 

Au moment du conseil de révision de sa classe, en 1912, sa mère est déjà décédée. Moïse exerce les métiers de plâtrier et de peintre en bâtiment et réside toujours à Trèbes. Il est petit (1m52) et a le teint vert olive. Il est apparemment célibataire.

 

Son travail d'artisan est arrivé jusqu'à nous, puisque tout récemment sa signature est apparue sur des travaux de plâtre qu'il avait réalisé dans une maison située au 3 rue Victor Hugo (anciennement appartenant à Monsieur Rouquet).

 

Lors du conseil de révision de sa classe, en 1912, à Capendu, il est jugé apte. Son n° matricule au recrutement est le 359 / Narbonne. Il effectue son service militaire à partir de novembre 1913, au 61ème R.I. (Aix en Provence et Privas)».

 

Il décèdera le 1er septembre 1914 à Vitrimont, près de Lunéville (Meurthe et Moselle). 

A la mobilisation en août 1914, effectuant son service militaire au 61ème Régiment d’infanterie (Privas)  Moïse quitte cette ville avec son régiment le6 août. Le régiment appartient à la 60ème Brigade d’Infanterie (30ème Division d’Infanterie; 15ème  Corps d'Armée). Il est composé de 3 bataillons. Etant passé par Givors, Lyon-Vaise, Mâcon, Dijon, Is-sur-Till, Chalindrey, le régiment est débarqué à Vèzelise (Meurthe et Moselle). Un accident a émaillé le parcours, le dramatisant dès les premiers jours, des soldats, montés sur les toits des wagons, sont décapités dans un tunnel. 

 

Le régiment commence sa marche en direction de la Lorraine et parvient à Dieuze, le 19, sans réel combat sauf un accrochage de l'avant-garde, le 15 à Montcourt. Donc, le 19, il traverse Dieuze que les allemands viennent d'évacuer. Il est à peine engager dans la plaine de Vergaville, au nord de la ville, que l'avant-garde est accueillie par un feu nourri de "mousquets". Le régiment continue quand même d'avancer sous le feu jusqu'à la nuit.

 

À la lisière du bois de Guébestroff, les allemands investissent des aménagements préparés à l'avance, solidement défendus par de nombreuses mitrailleuses. Au petit matin (4h) du 20, l'ordre d'attaquer est lancé. Et, à 1200 m des lignes allemandes, les hommes en pantalon rouge s'élancent, mais ils sont rapidement décimés par le tir nourri des mitrailleuses et de l'artillerie. Les lignes se reforment, mais de nouveau, c'est l'hécatombe. Le régiment perd plus de 1 000 hommes lors de  cette journée. Pour cette fois, Moïse a échappé au désastre. Dans l'après-midi, le repli est ordonné. Les compagnies et les sections de mitrailleuses chargées de couvrir la retraite du régiment accomplissent leur mission avec courage, ne cédant que pas à pas le terrain à un ennemi "très supérieur" en nombre et lui infligeant des pertes importantes. Le régiment se retire par la forêt de Bourache, puis Juvelize où il récupère de nombreux égarés, dû à la panique. Le régiment marche toutes les nuits vers le sud-ouest. Le 24, il stationne au Château de Ferrières, puis le 25 il se trouve à Haussonville, après une marche de 50 km en 3 jours.

Le 25, le régiment reçoit l’ordre de reprendre l’offensive vers l’est et attaque le bois brûlé, sur la commune de Charmois, Les allemands stoppent leur progression et ils se replient sur le village de Mont-sur-Meurthe. Le village est organisé défensivement.

 

Le régiment, arrivé dans la nuit du 25 au 26 est accueilli par une fusillade nourrie; il s'établit aux abords du village et engage le combat à la pointe du jour du 26. Après une matinée de lutte acharnée, le village est enlevé à l'arme blanche et l'ennemi se replie sur Lunéville.

 

Le 26, 27, 28, 29, le 61ème RI tient la route entre Blainville et Mont sur Meurthe. Le 30, il est stationné à Mont avec ordre de marcher à partir de 17h30 sur la forêt de Vitrimont, au nord, en vue d’attaquer le plateau de Friscati. La nuit se passe dans la forêt. Le 31, l’attaque est décommandée, le régiment revient à Mont et à Blainville. Le 1er septembre, cette fois, c’est l’ordre d’attaquer le plateau de Friscati, à l’ouest de Lunéville, occupé par des forces allemandes qui sont stationnées bois de la Faisanderie et bois de Vitrimont. Les 2ème et 3ème bataillon sont en 1ère ligne, soutenus par le 1er bataillon. Suite à un manque de préparation d’artillerie, le régiment est soumis à une pluie d’obus. Le régiment souffre, se disperse, mais après le ralliement, l’attaque est reprise. Le régiment essaie de passer la crête, mais la canonnade est telle que c’est impossible. Le régiment reste à bivouaquer la nuit dans les bois au pied du plateau. Moïse ayant échappé au désastre de Dieuze et de Mont n’aura pas eu de 3ème chance, il est tué lors des combats de cette journée du 1er. Le 2, le régiment s’organise dans les bois, puis, l’ordre est donné de se replier.

Moïse Alric Paul JOURNET est tué à l’ennemi sur le plateau de Vitrimont, commune de Vitrimont (Meurthe et Moselle), le 1er septembre 1914, il n’a pas encore 22 ans.

C’est le 6ème trébéen tué au combat, en moins d’un mois. Il repose à la Nécropole nationale Friscati sur la commune de Vitrimont (M et M). Sa tombe individuelle porte le n°1246, aux côtés de Pierre SALVIGNOL et de Paul BOUSQUET.

 

Son décès est porté dans le registre d’Etat-civil de la commune de Trèbes le 29 avril 1920, à la suite d’un jugement du tribunal de Carcassonne du 21 avril 1921, confirmant son décès.

 

 

Son nom est gravé sur le Monument aux morts de Trèbes .