Baptistin Marius CLAUZEL 1895/1915

Fils de Jean-Marie et de Justine CLAUZEL, Baptistin est né le 29 janvier 1895 à Trèbes. commune située à 6 km à l'est de Carcassonne. Son emplacement stratégique sur la route entre la mer Méditerranée et l'océan Atlantique est connu depuis le néolithique. La ville se trouve dans un couloir entre Montagne Noire au nord et Corbières à l'est, au confluent de l’Aude et de l’Orbiel. Sa superficie est de 16 km² ce qui est une grande commune pour l'Aude et compte 2000 hab. en 1914. Les communes voisines sont Berriac, Bouilhonnac et Villedubert. Son port sur le Canal du midi a été très actif.

 

Après une enfance passée au pied de l'église Saint-Etienne et quelques années sur les bancs de l'école, il devient cultivateur / ouvrier agricole, comme ses parents. Par la suite, ils s'installeront à une lieue de Trèbes, dans le village de Rustiques. Comme tous les enfants née en 1895 (classe 1915), le conseil de révision est avancé; il a lieu à Capendu en septembre 1914. Il est jugé apte et reçoit le n° matricule 478 au recrutement de Narbonne.

 

Il est appelé en décembre 1914 et affecté au 92° régiment d'infanterie (Clermont-Ferrand) qui appartient à la 52eme Brigade d’Infanterie; 26eme Division d’Infanterie. Il est constitué de 3 bataillons.

 

Les "bleuets" de la classe passeront quelques semaines à la caserne et sur les champs de manoeuvre de la région.

 

Baptiste, lui, ne connaîtra pas le front, arrivé au régiment, le 18 décembre 1914, Baptistin CLAUZEL meurt un mois après, le 24 janvier 1915, durant sa formation, des suites d’une maladie contractée au service, à l’hôpital n°78 de Montferrand. Il allait avoir 20 ans.

 

Son corps a été rapatrié. Il est inhume dans le caveau familial dans le cimetière de Trèbes.

 

Son décès est porté dans le registre d’état-civil de la commune de Rustiques, à la date du 1er février 1915. Son nom est inscrit dans le livre d’or de la commune de Rustiques.

 

Son nom est gravé sur le monument aux morts de la commune de Trèbes.

 

 

 

 

 

 

 


Historique du 92° R.I.

Le 9 août, le 92ème régiment, est transporté vers les Vosges et il débarque à Giraucourt. Le 12 août, sa division est formée et s’avance vers la frontière. L’ennemi l’a déjà franchie, et sa trace s’y lit dans les ruines, les incendies; les populations de Rambervillers, Raon l’Etape, Badonvillers, Embermenil accueillent le 92eavec une explosion de joie. Le premier prisonnier est fait le 14 août par la 5ecompagnie. C’est un lieutenant des hussards. Sa capture fut difficile et fait honneur au sergent RONDET, qui fut forcé de tuer le sous-officier et le cavalier escorte de l’officier. Celui-ci avait une balle dans le bras.

Le 14, l’ennemi retranché attend: chaudes escarmouches, les allemands cèdent. L’ennemi recule et, le 16, le 92e passe la frontière. Le 18, il est établi dans les villages de Brouderdoff, Plain de Valsch et le bois de Voyer. Le 19, il se fortifie sur ces positions où, le 20, ont lieu les affaires dites de Sarrebourg. Les allemands ont reculé, mais se sont arrêtés sur des lignes prévues d’avance garnies d’une nombreuse artillerie lourde.

Les pertes du 1er bataillon à Plain-de-Valsch sont devenues si grosses, qu’il doit être relevé par le 3e bataillon placé en réserve au bois de Voyer. A travers un feu de barrage terrible, ce bataillon s’avance comme à la manœuvre, le chef de bataillon l’a précédé avec une compagnie et est déjà à Plain-de-Valsch; il y mourra glorieusement. Dans un terrain dénudé, les pertes deviennent énormes et l’on doit stopper. Quand le repli forcé est prescrit, mais seulement à ce moment, les fractions diminuées, décapitées, rentrent en bon ordre.

Extrait du  journal d’un soldat de la 10e compagnie : “  Le lieutenant, lui, reste debout, surveillant ; il nous fait nous serrer contre le talus, quand il entend le sifflement avant- coureur de l’obus… “ Rasez–vous ! ”  nous crie-t-il une dernière fois. Quand nous relevons la tête après l’éclatement, notre lieutenant est en pièces. ”

 

Le régiment, jusqu’au 24, retraite calme, s’arrêtant fréquemment pour faire face. Le 24, comme les allemands deviennent pressants, les 2e et 3ebataillons attaquent à Domptail; mais la partie est grosse, le 3ebataillon est fauché par un feu terrible; le dévouement de la 7e compagnie protège sa retraite. Elle devient générale pour le régiment, qui arrive à Rambervillers. Il le défend avec succès jusqu’au 2 septembre. Là, eurent lieu de furieuses rencontres, dans les bois de la Coinche, suivies de corps à corps où les allemands firent preuve du complet mépris des lois de la guerre. Les carnets de route d’un lieutenant et d’un soldat en sont des témoignages précis et émouvants: blessés épargnés se relevant pour se rendre, puis tirant sur l’adversaire confiant.

La 7e compagnie séparée des autres unités, se heurte le 26 août dans le bois à un fort détachement cherchant à s’infiltrer pour surprendre Rambervillers; elle le contient, le repousse, le suit jusqu’à la lisière, lui tuant son commandant, qui reste sur le champ de bataille.

 

Le régiment quitte les Vosges, est transporté à Liancourt (Oise), où il débarque le 15 septembre; il poursuit les vaincus de la Marne. Le 1erbataillon enlève l’écouvillon le 20 septembre; le 22, il reçoit, vers midi, l’ordre d’attaquer les positions allemandes au nord de l’écouvillon, lisières sud-est des bois de Thiescourt. La 3e compagnie engagée vers 14 h, se déploie malgré de violents tirs de mitrailleuses, de 77 et de 105; elle progresse avec de grosses pertes. Elle arrive sur une pièce de 77, s’en empare après un violent corps à corps. Elle a perdu tous ses officiers et chefs de section, mais s’établit en lisière du bois, à 350 m environ du point de départ. Une section de la 2e compagnie est envoyée en renfort sur la ligne de feu; elle perd la moitié de son effectif pendant sa courte progression. La position conquise ne pouvant être tenue, est abandonnée au cours de la nuit. La 3e compagnie a été, pour cette affaire, citée à l’ordre du jour.

Le 2e bataillon tâte la position formidable du Plémont. Une reconnaissance offensive s’étant égarée, revient, comme à la manœuvre, sous les feux de mitrailleuses, se reformer à son point de départ et se reporte en avant. Après avoir coupé les fils de fer, elle arrive dans les premières tranchées; mais la position est critique pour deux compagnies que l’on ne peut soutenir. Elles doivent reculer, apportant de précieux renseignements, ramenant tous leurs blessés. C’est là que le sous- lieutenant fut tué d’une balle.

Le 26 septembre, se portant vers le nord, le régiment couvre Tilloloy par des tranchées. Puis glissant encore, toujours dans la direction du nord, il s’établit face aux allemands: le 1er bataillon à Fouquescourt, le 3eà Fresnoy, le 2e à la Chavatte. Sur ce dernier bataillon principalement, le 30 septembre, les ennemis vont lancer des attaques déterminées. La 6e compagnie et la 7e occupent, à la lisière ouest de la Chavatte, les deux côtés d’un enclos bordé d’une haie. Elles y construisent à la hâte une tranchée. Le 30, les allemands bombardent la Chavatte avec de gros obus ; puis leurs attaques partent de Fransart, se succédant 4 fois dans la journée. Elles subissent inutilement des pertes terribles, faites uniquement par l’infanterie, car notre artillerie, qui n’a plus de munitions est muette. Vers 20 h, une ruée de soldats allemands qui, pour la plupart, sont ivres, poussés par des officiers qui hurlent et cornent, se précipitent malgré les pertes sur la haie. Ils ne peuvent la franchir, et un très grand nombre sont tués à la baïonnette. Les munitions commencent à se faire rares. La 6e, attaquée plus furieusement que la 7e, est dans une position critique. Elle réclame des munitions. Les soldats de la 7e qui tuent tant qu’ils peuvent, ne donneraient pas facilement leurs cartouches; mais plus avisé, le capitaine comprenant que la perte de la 6e entraînerait la sienne, retire lui-même des cartouches à ses hommes. Les attaques succèdent aux attaques; comme les munitions n’arrivent toujours pas, les deux commandants de compagnie prescrivent de ne tirer qu’à deux ou trois cent mètres.

L’ennemi, qui s’en aperçoit, en profite pour, ayant pris du champ, se reformer et tenter un mouvement enveloppant. Par une marche de flanc devant la gauche du bataillon, il se présente inopinément sur le P. C. du commandant. Celui-ci, déjà blessé d’un éclat d’obus, rassemblant ses hommes de liaison et ralliant les pourvoyeurs, repousse l’ennemi. Les allemands, s’étant aperçus d’un intervalle entre la 6e et la 7e compagnie, s’y infiltrent et essaient de progresser. Un sous-lieutenant avec quelques braves, dont trois sont tués, réussit à nettoyer la tranchée. Les attaques sur la 5e et la 8e, un peu moins violentes furent également repoussées. Le lendemain matin, de ses tranchées inviolées, le 2e bataillon comptait des centaines de cadavres. Chacun avait fait bravement son devoir. A signaler en particulier la conduite d’une section de la 7e compagnie chargée de ravitailler le bataillon en munitions. Elle s’acquitta de sa tâche, sous le feu de l’ennemi, en terrain découvert, avec un dévouement et un courage au-dessus de tout éloge. Une fraction de la même compagnie est chargée de placer 3 ou 4 hommes sur une petite portion de la ligne formant flanquement, mais dépourvue de tranchées. Au fur et à mesure que les occupants sont tués, ils sont remplacés sans interruption ni hésitation. Le matin, 7 ou 8 cadavres des nôtres couvraient cet infime constituant un rempart.

Le régiment est relevé.

 

Le 1er bataillon , mis à la disposition d’un autre régiment, est placé en réserve au Quesnoy en Santerre. Le 4 octobre, le commandant recevait l’ordre d’attaquer Damery; il, ne peut arriver qu’aux lisières du village formidablement défendu. Il s’accroche sur les positions conquises, repoussant les contre-attaques. Mais le barrage empêche les renforts d’arriver et les pertes deviennent sévères. Le chef de bataillon, blessé, reçoit pendant la nuit l’ordre de se replier.

 

Le 92e débarque sur la frontière belge, à Esquelbecq, le 12 novembre, et le 13, il se porte dans la direction de Zonnebeke. Dans l’après-midi, le lieutenant colonel recevait l’ordre d’attaquer les lignes allemandes au nord de Zonnebeke, vers le carrefour de Broonseinde. L’attaque fut exécutée avec deux bataillons: 1e et 3e en première ligne, le 2erestant en réserve. Le 1er bataillon et le 3e se portèrent à l’attaque avec un entrain admirable et enlevèrent la première ligne allemande, y compris le carrefour de Broonseinde. Malheureusement, sous le barrage d’artillerie et les mitrailleuses ennemies, nos pertes furent sévères. Le lieutenant-colonel tomba héroïquement en première ligne, au carrefour de Broonseinde, au moment où il allait examiner le terrain pour procéder à une nouvelle progression. Le commandant fait organiser le terrain, prescrit de s’y cramponner. L’ennemi ébauche quelques attaques qui sont repoussées.

Le 17, après un violent bombardement, les allemands arrivent jusqu’au carrefour; mais notre ligne se reforme 200 mètres en arrière, et le bataillon, reporté à l’attaque, reprend toute sa position.

Du 17 au 18, les efforts ennemis paraissent faiblir. Le 92e reçoit l’ordre d’attaquer (1er et 3e bataillons) les positions ennemies au nord du carrefour de Broonseinde et du bois du polygone sur la route de Paschendaele à Becelaere, le 2e bataillon restant en réserve dans le bois. La compagnie franche enleva deux tranchées devant le bois du polygone. Une compagnie du 1er bataillon gagna 100 mètres en avant du carrefour de Broonseinde. Malheureusement, faute de renforts, on ne put progresser davantage. Peu à peu, les allemands s’infiltrèrent par les ailes dans les positions conquises, et, à 18 h, la moitié de la compagnie franche se trouvait dans une tranchée allemande entre deux autres tranchées occupées par l’ennemi. Pour rentrer dans nos lignes, ces éléments se frayèrent un passage à la baïonnette.

Dans les combats qui eurent lieu le 29 novembre, on ne peut passer sous silence l’énergie que déployèrent une centaine d’hommes des 2e et 3ecompagnies. Isolés et encerclés, ils résistèrent à tous les assauts du 29, tinrent victorieusement seuls encore toute la journée du 30. Ce n’est que, leurs munitions épuisées et sous les coups de notre propre artillerie, qui ne pouvait déterminer leur place au milieu des lignes ennemies, que ces braves décidèrent de retrouver le régiment. Les deux frères DUMAS de la 2ecompagnie, originaires de l’Auvergne, vont tenter de reconnaître un passage. Pendant la journée, ils ont minutieusement étudié le terrain qui les sépare des lignes françaises ; c’est près de quatre cents mètres  qu’il faut parcourir sans éveiller l’attention des sentinelles ennemies, nombreuses et attentives. Profitant d’une haie en contre-bas d’une route, ils parviennent au but, mettent le commandement au courant de la situation de leurs camarades et, affrontant à nouveau les dangers de cette périlleuse mission, ils retournent auprès de leurs compagnons pour les guider dans le retour. Grâce à la bravoure des frères DUMAS, tous purent regagner nos lignes.

Le 1er décembre, un nouveau lieutenant-colonel prenait le commandement du régiment.

Plusieurs témoignages de satisfaction ont été adressés au 92e par les généraux pendant cette période en Belgique.

Du 1er au 6 décembre le régiment cantonne à Poperinghe, puis se rend à Bailleul. Le régiment est ramené sur les confins des départements de la Somme et de l’Oise.  Le 7, il est débarqué à Estrées Saint Denis (Oise) et va cantonner à Hermévillers.

 

Le 16 décembre il se rend dans de nouveaux cantonnements à Cuvilly et Mortemer

 

Le 24, nouveau déplacement pour Elincourt Chevincourt, le régiment devant relever le 86° RI. Finalement, il relève le 103° RI dans le secteur Tilloloy-Beuvraignes-Bois des Loges.

 

C’est un secteur dira le rédacteur du JMO pour cette période. Pourtant une centaine, parfois plus) d’obus tombent chaque jour causant quelques morts et blessés. Mais apparemment l’ennemi le plus terrible c’est l’eau comme on peut le lire dans le JMO.