Justin Edouard HUILLET 1887/1914

 

Fils de François Alexandre et de Françoise SAL(L)ES, qui résident à Trèbes à partir de 1905, Justin Edouard est né le 14 juillet 1887 à Cucugnan (Aude), une petite commune orientale de l’Aude (260 habitants en 1881), au pied des Pyrénées, et à quelques encablures de Perpignan. Elle est située dans une plaine à laquelle on accède par le grau de Maury. Le village est dominé et fut contrôlé par le château de Quéribus, dernière citadelle Cathare et sentinelle aux portes de l'Espagne jusqu'en 1659. Les vestiges d'un castrum sont encore visibles au-dessus du Moulin d'Omer toujours en activité. Cucugnan doit aussi sa réputation au célèbre curé dépeint par Alphonse daudet. Tout au sommet du village, ce moulin seigneurial a été préservé.

Résidant à Trèbes, avec ses parents, il exerce le métier d'ouvrier agricole dès qu'il en a les forces et jusqu'en 1914 dans la domaine de Saint Julia, propriété du baron d'André.

En septembre 1907, il passe devant le conseil de révision, au chef-lieu de canton Capendu.son n° matricule au recrutement est le 365/Narbonne. Déclaré apte, il effectue son service militaire à partir du, 6 octobre 1908 jusqu’au 1 octobre 1910, au 122ème Régiment d'infanterie (à Rodez). Bon soldat, il est nommé au grade de caporal en septembre 1909.

Quelques jours après la fin de son service militaire, il se marie le 28 octobre 1911, à la mairie de Trèbes, avec une fille de la commune, malgré sa naissance en 1892 à Puichéric, Anne MOUTOU. De cette union naîtra ? enfant. 

A la mobilisation, en août 1914, le caporal Justin Huillet rejoint le même régiment, le 122ème R.I.

Il décèdera le 3 ou le 6 octobre 1914 à Noviant aux prés (54404).

 

 

 

<< Caporal de l'infanterie en grande tenue (1914)

 

Parti de Rodez les 5 et 6 août, le 122ème régiment d’infanterie (62ème Brigade d'Infanterie, 31ème division d'infanterie) arrive sur la base de concentration de Mirecourt les 7 et 8. La marche en avant commence aussitôt par Bayon et Lunéville. Le 14, il entre dans les rangs de l’armée de Lorraine et fait partie de l’avant-garde de la division, laquelle marche parallèlement à la Sarre. Le régiment échange bientôt ses premiers coups de feu avec l’ennemi. Un soldat de la 10ème cie tue un "uhlan". De 14 h à 19 h, un violent bombardement d’artillerie commence qui éprouve particulièrement les hommes. On compte 14 tués et 27 blessés ou disparus. L’attitude de la troupe vaut au 122ème les félicitations du commandant la  division. Le 15 et les jours suivants la marche en avant se poursuit par Moussey, Azoudanges, Fribourg, Bisping, Angevillers. Le 18, les 2ème et 3ème bataillons reçoivent l’ordre d’attaquer Loudrefing. Le terrain est pénible et hérissé de difficultés; la région est boisée et marécageuse. Il faut traverser un bois d’une profondeur de 4 km; de fait privés du soutien de l’artillerie. Vers 15 h, les bataillons débouchent à la lisière nord du bois et sont accueillis par une fusillade très vive. Le 3ème bataillon réussit à prendre pied dans Loudrefing, vers 16 h. Mais à 18 h, il est obligé de se replier à la lisière sud du bois. Les pertes sont très élevées : 540 tués, blessés ou disparus. Dans la nuit du 18 au 19, le régiment se replie sur Angevillers. Le 18, il se reforme à Fribourg. Le 21, la 62ème brigade (122ème et 142ème RI) a pour mission de protéger la marche de la division sur Embermenil. Le 122ème exécute une attaque sur Assenoncourt, et parvient à arrêter momentanément l’avance de l’ennemi.

Le 28, tout le régiment doit franchir la Mortagne et de s’emparer de Gerbéviller. En dépit du très violent bombardement qui détruit les passerelles jetées sur le cours d’eau presque au fur et à mesure qu’elles sont construites, le 1er bataillon franchit la rivière et prend pied dans le village. Mais une contre-attaque ennemie l’oblige à repasser la rivière. Le 3ème bataillon attaque à son tour et réussit à se maintenir sur la rive droite. Un très violent combat se livre au bois de la Reine. 

Les combats autour de Gerbéviller, appelés les «combats de la Mortagne», se poursuivent avec la même intensité jusqu’au 12 septembre. La ville est prise et reprise plusieurs fois. Entre temps (le 29 août), un renfort, composé de 1 000 hommes, arrivé de Rodez; permet de reformer les bataillons.

 

Le 12 septembre, à 7 h, des patrouilles reconnaissant que l’ennemi bat en retraite, le régiment le suit par le bois de Rappe, Fraimbois, Marainvillers, Croismare. Le 16 septembre, le 1er bataillon est envoyé en reconnaissance jusqu’au-delà d’Embermenil, où il tient le contact de l’ennemi.

 

Le 16, le général Vidal, commandant la 31ème division, adresse aux troupes placées sous ses ordres l’ordre du jour suivant : « Je profite du repos momentané qui vous est accordé et que vous avez si bien mérité, pour me féliciter avec vous des résultats obtenus par la 31ème division. Depuis le 14 août, toujours en 1ère ligne, nous avons combattu presque tous les jours, et c’est nous qui avons eu… l’honneur d’aller le plus loin en territoire annexé. Nous avons donc bien rempli notre rôle … »

 

Le 17, le régiment passe en réserve d’armée et va, par étapes, prendre deux jours de repos à Nancy.

 

Campagne de Woëvre. (22 septembre - 14 octobre 1914)

 

Le régiment quitte Nancy le 21 septembre à 6 h, vers le nord, pour Villey-Saint-Etienne, où il prend ses dispositions de cantonnement, lorsque, à 15 h, il doit partir. Après une marche de 45 km, dans une nuit noire, sous une pluie continuelle, et sur une route encombrée de troupes et de convois d’artillerie, il arrive à Minorville avec mission d’attaquer, sans délai, les tranchées en avant du bois de la Voisogne. Le 2ème bataillon, mis en réserve de division, quitte Minorville à 4 h, pour aller occuper les tranchées près de Manonville. Les 1er et 3ème bataillons arrivent à Noviant-aux-Prés; ils se lancent sur le bois de la Voisogne. L’ennemi occupe des tranchées à la lisière sud du bois; il les accueille par des salves d’artillerie et un feu nourri de mitrailleuses. Les 10ème et 12ème cies se distinguent particulièrement; une avance de quelques centaines de mètres est réalisée malgré les pertes. La 12ème cie, à elle seule, compte 30 tués et 70 blessés. Le colonel Henry, qui commande le régiment, est blessé. Plusieurs officiers sont tués.

 

Le combat continue les jours suivants avec la même violence. Le 27, en particulier, le 1er bataillon prononce une attaque dans la direction du bois de Mortmare; son avance est d’environ 200 m; arrêté par les mitrailleuses ennemies, il reçoit l’ordre d’occuper des tranchées sur la route de Limey-Flirey. La 3ème cie a 25 hommes hors de combat dont 8 tués. Le commandant, qui a pris le commandement du régiment est lui-même blessé d’une balle d’obus, à la tête, le 27, à Flirey.

Jusqu’au 14 octobre, les bataillons occupent à tour de rôle les tranchées dans la région du bois de Mortmare, brisant plusieurs attaques allemandes, supportant le tir souvent violent de l’artillerie ennemie. Les cantonnements ne lui offrent qu’un repos des plus précaires; il éprouve des pertes à Bernecourt, et surtout à Ansauville où le même obus tue, la nuit, 16 hommes de la 7ème cie, et le capitaine, adjoint au colonel.

 

 

Justin Edouard HUILLET est tué à l’ennemi, le 3 ou le 6 octobre (sur le territoire de la commune de Noviant-aux-prés ?) probablement d’un éclat d’obus, car il n’y a pas d’attaque ce jour-là. Le J.M.O est étrangement blanc du 2 ou 13 octobre. On ne connaît donc pas en détail les évènements de ces journées, sauf à travers du JMO de la 31ème division, bien trop général. Justin a 27 ans.

 

 

 

Aucune sépulture n’est connue. Justin a-t-il disparu, ou son corps non retrouvé, ou non identifié ? Où Justin a-t-il été inhumé ? (Apparemment pas dans la nécropole de Noviant-aux-près).

Son décès, qui est porté dans le registre d’Etat-civil de la commune de Trèbes en date du 15 avril 1915.

 

Son nom est gravé sur le Monument aux morts de Trèbes.