Paul Ernest ALARY 1884/1914

Fils de Louis ALARY et d’Adeline LAURENS, Paul Ernest est né à Montgey (Tarn 81179), le 28 avril 1884.

Le village de Montgey, du canton de Cuq-Toulza, est situé à 21 km au nord-ouest de Castelnaudary, voisin des communes de Nogaret et de Puéchoursi.

A l'époque de son conseil de révision, en 1904, ils sont tous trois domiciliés à Carcassonne, hameau de Bourriac.

Paul est laboureur, cultivateur - A la suite du Conseil de révision, réalisé à Carcassonne, au cours duquel il a été déclaré apte, il est dispensé d’effectuer son service national, ayant déjà un frère, Joseph Laurent, né en 1892 au service.

Son matricule au recrutement est le (classe 1904 - 1457/Carcassonne). 

Il se marie vers 1912, probablement à Villalier, avec Alexandrine Louise CHALET, née en 1892 à Villalier (Aude) De cette union est née un enfant Ernestine, décédée à Trèbes en 1916

 

Paul Ernest est mort le 24 septembre 1914, à Lesseux, dans les Vosges. Il a 30 ans

 

 

A la mobilisation, en août 1914, Paul est âgé de 30 ans. Il est donc affecté, en vertu de cet âge, au 343èmerégiment d’infanterie – 5ème bataillon - 18ème Cie. Ce régiment est la réserve du 143ème RI, implanté à Carcassonne, mais soumis au même régime que les unités d’active. Il appartient à la 131ème B.I., incluse dans la 66ème Div. de réserve (1er Groupe), composé de 2 bataillons. 

Le soldat de 2ème classe Paul Ernest ALARY rejoint la caserne le 3 août 1914. Le 5ème bataillon auquel appartient Paul Ernest, équipé, quitte Carcassonne le 14 août; le 6ème suit le 15. Le 16 août, le 343ème arrivé sur sa zone d’opérations, cantonne à Cunelières et à Foussemagne (Territoire de Belfort), limitrophes de la frontière de l’Alsace occupée.

En libérateur

Les troupes françaises prennent l’initiative; les premières prises de contact se terminent par des succès. La guerre va-t-elle, cette fois, se dérouler chez nos adversaires ? L’armée allemande serait-elle un bluff, comme certains paraissent le croire ? Période héroïque, où la furia française rappelle les beaux jours. Assauts magnifiques, conduits sabre au clair, en gants blancs, sans souci des pertes. L’armée d’Alsace marche rapidement sur Mulhouse. 

Le 18 août, le 343ème passe la frontière à Foussemagne, et à Chavannes l’Etang, puis  gagne la région Hagenbach, Eglingen sur la route de Delle à Colmar. La vue des poteaux-frontières renversés par les camarades, l’accueil des populations qui depuis si longtemps attendaient l’arrivée des libérateurs contribue à l’enthousiasme, s’il en était besoin. 

Le 19 août, le régiment gagne Didenheim, Fromingen, et subit ses premières pertes, en traversant les pentes est du Gallen Holtzle (5 tués, 22 blessés). Le 20, le 6ème bataillon est à Didenheim, le 5ème est venu occuper Brünstadt, aux portes de Mulhouse.

 

Le 343ème R.I. est dirigé sur Galfingen qu’il met en état de défense les 22 et 23 août.

 

Et puis les revers

 

Mais pendant ces quelques progrès en Alsace, l’Allemagne qui avait concentré le gros de ses troupes dans le Nord envahi brutalement la Belgique, malgré la résistance de l’armée belge.

 

Le 24 août, la situation générale oblige à opérer des prélèvements sur l’armée d’Alsace. L’artillerie ennemie se dévoile plus nombreuse, le maintien de l’avancée parait imprudent. La 66ème Division de réserve reçoit l’ordre de regagner la région de Belfort, où doit s’opérer une concentration. Du 26 août au 6 septembre, le 343ème stationne dans la région de Dambenois, Brognard, Allenjoie, Le grand Bois, et y établit quelques retranchements.

 

Le 7, il se rend dans la zone Rechizy Lepuix, où il prend les avant-postes.

 

Les 11, 12 et 13 septembre, le régiment est chargé d’organiser la Tête de Béhouille et le Col des Journaux. C'est pour tous les hommes du régiment une période terriblement fatiguante. La pluie fait rage. Le ravitaillement n’arrive souvent pas à l’heure,etparfois il est de mauvaise qualité; et puis, on marche sans arrêt, sans autre notion de l’ennemi, qu’un bruit lointain et intermittent de canonnade. Que se passe-t-il exactement ? Il faut l’âme solidement trempée, pour que, malgré tout, le moral se conserve. Nulle récrimination, on se plaint seulement de ne pas voir les ennemis, et de ne pouvoir leur faire payer, comme il convient, toutes ces tribulations.  Et puis c’est l’annonce de la Marne. L’élan et le sacrifice des troupes engagées, ont dérouté les Allemands, et rompu leurs vagues. Et sur le front d’Alsace, comme sur tous les autres, on va traquer les allemands, et chercher à le bouter hors de France.

 

Après 2/3 jours de repos, le 19 et 20 septembre, le 343ème retourne sur les positions de la Tête de Béhouille, et du Col des Journaux. Le 21 septembre, la 66ème division occupe les hauteurs du Bois de la Garde. Elle doit en dévaler sur Lesseux et Lusse, en liaison avec le 41ème division qui attaquera sur la rive droite de la Fave en direction de Provenchères. L’opération est menée avec une compagnie de montagne, un demi escadron, un bataillon et une section de mitrailleuses du 281ème, les deux bataillons du 343ème, et un groupe d’artillerie montée.

 

Les 21ème et 22ème Cies du 343ème s’organisent vers Gemaingoutte, avec mission de couvrir l’attaque, contre une éventuelle riposte de flanc, venant de Sainte-Marie-aux-Mines. Les Allemands se sont fixés sur une position naturellement forte: la ligne des Lesseux-Herbaupaire. Protégés par leurs réseaux barbelés, abondamment pourvus de mitrailleuses et de canons, ils opposeront une résistance farouche.

Le 22 septembre, une attaque, menée par un bataillon du 281ème appuyé par le 5ème bataillon du 343ème, échoue (19 tués, 31 blessés au 343ème).

Le 23, la 24ème Cie coopère avec le 13ème bataillon de chasseurs à une attaque partielle sur le Bois du Chéna; les autres unités du Régiment se retranchent à la lisière Nord, du Bois Camp des Romains.

Le 24 septembre, on s’efforce à nouveau d’enlever les lignes ennemies. Le 5ème du 343ème, les 23 et 24e Cies du 6ème Bataillon, deux Cies du 281ème sont placés à cet effet. A 13 h, les 17ème et 23ème Cies, se précipitent baïonnette haute sur Lesseux. La brigade ne dispose que d’une artillerie insuffisante pour que la préparation ait pu bouleverser les organisations ennemies, et museler les mitrailleuses. Mausers et maxims crépitent, et font subir des pertes sérieuses aux deux compagnies, dont la progression est enrayée. A 15h, nouvel assaut, avec les 17ème, 18ème et 19ème Cies. La 23ème Cie en renfort. A 16 h 30, malgré des pertes sévères, la 17ème Cie réussit à prendre pied dans Lesseux. A 18 h le village est occupé par 4 Cies du 343ème: la 23ème Cie à la lisière Ouest, les 17ème, 18ème et 19ème Cies à la lisière nord. La 24ème Cie est disposée sur la croupe, située entre Combrimont et Lesseux; la 24ème Cie et une section de mitrailleuses tiennent la lisière Nord du Bois du Camp des Romains. Les 21ème et 22ème Cies continuent à assurer la flanc-garde droite aux abords de Gemaingoutte. Cette journée a coûté cher au 343ème: 43 morts, dont Paul Ernest ALARY, et 135 blessés.

 

Malgré l’élan des hommes, les Allemands n’ont pu être chassés des crêtes au nord de Lesseux. Il faut, coûte que coûte, les déloger. Le 25, à 16 h, l’attaque est reprise. Les 23ème, 17ème, 18ème et 19ème Cies, et le 13ème Bataillon de Chasseurs s’élancent, appuyés par les feux de la 20ème Cie et de la section de mitrailleuses du Camp des Romains.

Malgré un barrage d’artillerie intense, les unités d’assaut progressent rapidement, et dans un suprême élan, abordent les tranchées allemandes, dont les occupants sont pris ou cloués à leurs ouvrages, par nos baïonnettes. On ne lutte malheureusement pas sans de grosses pertes, avec des hommes contre des machines; cette nouvelle opération coûtait au 343ème: 22 tués et 111 blessés.

Paul Ernest ALARY, 30 ans, est tué à l’ennemi le 24 septembre 1914 dans l’attaque du village de Lesseux, près de Saint-Dié (dans les Vosges), deux jours après un "pays": Joseph DURAND. Pour lui, la guerre aura duré 50 jours, avec le sacrifice de sa vie au bout.

 

Son lieu de sépulture ne semble pas connu des autorités militaires. Comme beaucoup, son corps n'a pu être ramené, puis oublié dans le no man's land entre les deux camps. Plus tard, s'il a été retrouvé, il n'a pu être identifié et placé dans une fosse commune, peut-être dans le cimetière de guerre de Lesseux, puis dans la Nécropole militaire franco-allemande de Bertrimoutier (88) qui a été érigé en mars 1921 par les autorités militaires françaises. Il regroupe les corps des militaires exhumés des tombes isolées, des carrés militaires des cimetières communaux ou bien, pour l'essentiel de douze cimetières militaires établis à la hâte sur le front, lors des combats, dont ceux de la Chapelle Sainte-Claire, du Mézé, du Violu centre, de Coinchimont, de Québrux, de Haute-Goutte, du camp de la Gude, de la ferme Mathis, du Pré de Raves, de Lesseux, de Provenchères et de la Croix-le-Prêtre.... Dans cette nécropole, reposent d’un côté 953 soldats français, 12 soldats russes, et 1 soldat inconnu roumain; et de l’autre côté, 6749 soldats allemands, dont 4163 soldats inconnus..

 

Son décès est noté le 14 avril 1915 dans les registres de l’Etat-Civil de Badens (11023). Son nom est gravé sur les monuments aux morts de Trèbes et de Badens. Il est aussi mentionné sur la plaque face à la Cathédrale de Carcassonne et sur la liste établie, concernant Badens, dans l’Atlas de Géographie du département de l'Aude, dressé par la Préfecture de l'Aude en 1928.

extrait du J.M.O. du régiment en date 29 septembre 1914