François Marcellin ROUGÈS 1893/1916

Fils d’Etienne François et de Marie Marguerite OUSTRIC (domiciliés à Trèbes en 1913), François Marcellin ROUGES est né le 9 janvier 1893 à Trèbes.

 

Trèbes est située au sud de la France à 6 km à l'est de Carcassonne. Son emplacement stratégique sur la route entre la mer Méditerranée et l'océan Atlantique est connu depuis le néolithique. La ville se trouve dans un couloir entre la montagne Noire au nord et les Corbières à l'est, la plaine du Lauragais à l'ouest et la vallée de l'Aude au sud. La superficie de la commune est de 16,36 km² ce qui est une grande commune dans l'Aude. Les communes voisines  sont Berriac, Bouilhonnac et Villedubert. Elle comptait 2000 hab. en 1914.

 

Il passe son enfance au pied du clocher de l'église Saint-Étienne et use ses fonds de culotte sur les bancs de l'école de cette commune. Mais très vite, il accompagne son père dans les travaux des champs.

 

Lors du conseil de révision de sa classe, en septembre 1913, à Capendu, son n° matricule au recrutement est le 419/Narbonne. Il est ajourné et maintenu ajourné jusqu’en juin 1914.

 

Exerçant le métier de cultivateur, en 1914, il réside toujours à Trèbes.

 

Il se marie le 5 mai 1914, à Trèbes, avec Antoinette Nathalie SABATIER, d’où 2 enfants : Etiennette Marie et Françoise Rose.

 

Il décède le 12 septembre 1916 à Bouchavesnes - Bergen (Somme).    


Après la mobilisation, il incorporé le 18 décembre 1914 et affecté au 40ème R.I. (Nîmes Alès), où il reste en formation jusqu’à la fin mai 1915. Le 7 juin 1915, il est affecté au 2ème régiment de zouaves,  après une période d’adaptation, il est versé au 1er Régiment de Marche de Tirailleurs algériens le 15 (ou 18 juillet) 1915. Il rejoint son régiment en Belgique, car depuis mai, celui-ci occupe un secteur entre Steenstraate et Boesinghe (jusqu’en septembre 15).

Le 2ème bataillon se rend en première ligne dans le secteur de Streenstratte / Zuydschoote le long du canal, du 29 juillet au 6 août, puis du 23 août au 31. C'est le baptême du feu pour François, bien que le secteur soit relativement calme. le 2ème bataillon continue d'alterner la garde du front en 1ère ligne et les périodes de repos. Il monte en ligne du 8 au 17 septembre et du 24 au 28. François est nommé caporal le 28 septembre 1915.

 

Le régiment quitte le secteur le 29 septembre pour se rendre à Bambecque, au sud-est de Bergues (Nord) qu'il quitte le 12 octobre pour embarquer dans des trains à Bergues vers le sud.

 

Après un aller-retour et un mois de cantonnement à Salon-de-Provence et Pélissanne (entre le 12 octobre et le 5 novembre 1915), période durant laquelle il est envisagé de l'intégrer à l'Armée d'Orient, le régiment revient dans la région de Bergues le 8 novembre. Le 1er décembre il retourne cantonner à Bambecque, puis en février 1916, il est dans la région de Dunkerque. Du 4 au 10 mars, il est chargé de la surveillance des côtes entre Dunkerque et Zuydcotte.                                                        >>>>>>>>>>>>

 

Le 11 mars 1916, il est transféré  à Bethisy-Saint-Pierre (Oise ) à 15 km sud de Compiègne. Du 12 au 18 mars 1916, il cantonne entre Béthisy-St-Pierre, Béthisy-Saint-Martin (2ème bataillon) et Orrouy. Du 19 au 22 mars 1916, il fait mouvement à pied par étapes de Béthisy à Fismes en passant par Autheuil-en-Valois (Oise), Saponay (Aisne), Coulonges (Aisne), Fismes (Marne). Du  23 mars au 19 avril 1916, il cantonne dans la région de Fismes, puis au sud-ouest de Reims à partir du 11 avril (région Coulommes-la-Montagne, Vrigny, Pargny-les-Reims, Saint-Euphraise). Durant cette période le régiment est occupé à des travaux d'organisation.

 

Le 20 avril 1916, il est  transferé par voie ferrée de Muizon à Sainte-Menehould. Puis du 21 avril au 10 mai 1916, il fait mouvement à pied par étapes de Sainte-Menehould vers Verdun: il stationne à Braux-Saint-Rémy et Elise du 21 au 23 avril, à Passavant du 24 au 25 avril, à Nubécourt et Bulainville du 26 avril au 7 mai, au bois Saint-Pierre le 8 mai, au bois de Bethelainville les 9 et 10 mai.

 

Du 11 au 21 mai 1916, il est engagé dans la bataille de Verdun; en secteur rive gauche (lisière nord-ouest du bois Camard, cote 287, ouvrages Favry) , puis il est en retrait du front les 20 et 21 mai.

 

Du 22 au 29 mai 1916, il est retiré du front et transporté en automobiles dans la Marne, à Perthes (ouest St-Dizier) et  mis au repos à Sapignicourt, puis dans le secteur St-Lumier-la-Populeuse, Scrupt, St- Vrain.

 

François est nommé sergent, le 27 mai

 

le 30 mai 1916, le 1er RMTA est transféré par voie ferrée de Blesme à Nomexy (Vosges). Du 31 mai au 11 août 1916, il cantonne puis dans la région de Châtel-sur-Moselle, puis dans celle de Baccarat (Meurthe et Moselle); du 9 juin au 9 août, après avoir relevé des éléments de la 71ème DI, tient le secteur de Neufmaisons (à l’est de Baccarat); les 10 et 11 août, après avoir été relevé par le 161ème RI, il cantonne à Baccarat.

 

Récit du JMO du 1er RMTA

Du 13 au 25 août 1916, le régiment est à l'instruction à Saffais, à l’ouest de Lunéville, au delà de la Meurthe. Le 25 août, la 45ème division (composée de 3 régiments de zouaves et du 1er RMTA) est transportée par chemin de fer en direction de la Picardie. le deuxième bataillon embarque à 10h05 le 26 août Le 2ème  bataillon débarque à Fouilloy dans l'Oise et va cantonner à St Thibault. Le 2 septembre le régiment est transporté en camions dans la région de Cottenchy à 15 km d'Amiens. Le 4, le régiment est toujours déplacé en automobile pour le camp des Célestins en passant par Boves, Villers-Bretonneux, et Hamel. Le 5 septembre, le 1er tirailleur quitte ce camp à 7h30 pour se rendre à Bois-Billon, passant par Bray s/Somme. Il arrive au bivouac de Bois Billon à 11 h.  En fin d’après-midi, à 18h30, il reçoit l'ordre de se rendre dans le secteur qu’il doit occuper au nord de la Somme.  Le régiment arrive dans cette zone entre 2 et 4 h.    

Pendant ce temps, le 3ème bataillon, se porte à l'assaut de ses objectifs: tranchée de Greiz et nord de la tranchée du mamelon, tranchée de Josson et route de Béthune au nord-est de Rancourt. La tranchée de Greiz, dont les défenses accessoires sont insuffisamment détruites, est dépassée. L'élan est tellement impétueux que les premiers éléments franchissent les tirs de barrage de notre artillerie qui ne sont pas encore levés. Il continue sa progression vers ses objectifs successifs. Les vagues d'assaut se heurtent à un centre de résistance défendu par des fantassins ennemis et des mitrailleuses dont la destruction coûte au 3ème bataillon des pertes assez sévères; et n'est d'ailleurs permise qu'après l'arrivée de fractions du bataillon de réserve qui ont pu progresser derrière le 1er bataillon. Les deux premières vagues continuent. En raison des pertes subies et du vide qui augmente à gauche, par suite de l'arrêt de la 91ème brigade, le 3ème bataillon doit rejoindre, en appuyant à droite, les éléments du 1er bataillon et continuer sa progression avec eux. À 15h15, le groupe formé par les survivants des 1er et 3ème bataillon arrivent sur la ligne des batteries 1253-1252 en liaison avec le 28ème bataillon de chasseurs. L’effectif est réduit à 150 hommes et 3 mitrailleuses. La position est mise en état de défense et les mitrailleuses installées au nord de la ligne pour couvrir le flanc gauche en attendant l'arrivée du bataillon de réserve. Mais le 2ème bataillon (dit de réserve) a, lui aussi, beaucoup souffert; à 12h20, il a quitté la tranchée de Sivas vers la tranchée de départ; il y est arrivé au moment où les 1er et 3ème bataillon se portait en avant. Sur les ordres du colonel, le 2ème bataillon renforce le premier et l'aide à enlever la tranchée du mamelon. Soumis au feu des mitrailleuses, il subit des pertes élevées mais s'empare de la tranchée et la nettoie; la plupart des officiers sont mis hors de combat. Un capitaine reçoit l'ordre de rassembler les éléments de son bataillon qui sont à droite du secteur d’attaque; ces éléments sont entraînés en avant.

 

La tranchée de Greiz a été dépassée, d'un élan impétueux, dès le début de l'attaque, mais les nettoyeurs de tranchées y ont été laissés en quantité insuffisante. Plusieurs d'entre eux ont été tués; les autres, commandés par un sous-lieutenant ont été désarmés se et fait prisonniers par les Allemands. Occupant la tranchée de Greiz, ceux-ci ont mis leurs mitrailleuses en batterie et leurs pièces fauchent toutes les lignes qui se présentent à la crête. C'est ainsi que la 7ème compagnie, le peloton des pionniers et le PC du chef de corps restent immobilisés un moment devant la tranchée après être arrivés à la crête au prix de très lourdes pertes toutes causées par le feu des mitrailleuses.    

Front de Steenstraate

Surveillance par les "turcos" des côtes dans les Flandres françaises

Soldat du 1er RMTA en Flandres

Le 1er bataillon est installé dans la tranchée du petit bois, le 3ème bataillon organise de lignes de tranchées à l'ouest de la "tranchée des cloportes". Ces deux lignes sont parallèles à la "tranchée des cloportes". Enfin le 2ème bataillon, auquel appartient François, s'installe dans la "tranchée de la pestilence" et organise deux lignes de tranchées supplémentaires et des boyaux de communication vers l'avant. Le 7 septembre, le régiment occupe les mêmes emplacements.

Le 8 septembre, les 2ème et 3ème bataillons occupent les mêmes emplacements, tandis que le 1er bataillon progresse jusqu'à la ligne qui sera son parallèle de départ au sud-est de la ferme de l'hôpital, en face la tranchée allemande du mamelon, qu’il devra attaquer le jour J. Une distance d'environ 400 m parallèles de départ et la tranchée allemande du mamelon.

Le 9 septembre, le 3ème bataillon prolonge à gauche, au nord-ouest, le 1er bataillon sur la ligne qui sera son parallèle de départ, en face de la tranchée allemande de Greiz qu'il devra lui aussi attaquer. Le 2ème bataillon sera en réserve et occupe la tranchée de Sivas.

 

Les 10 et 11 septembre, le régiment occupe les mêmes emplacements.

 

Le 12 septembre est le jour J et l’heure H sera 12h 30. Le dispositif d'attaque est le suivant: 1er bataillon (à droite) et le 3ème bataillon (à gauche) en première ligne. Le 2ème bataillon étant en réserve. La 1ère et 3ème compagnies du 1er bataillon et la 9ème et 11ème compagnies pour le 3ème bataillon forment les deux premières vagues. La 2ème compagnie et la 10ème forment les 3ème et 4ème vagues. Le bataillon de réserve dès son départ de la tranchée Sivas forme un dispositif semblable. La 5ème (à laquelle appartient François ROUGÈS) et la 7ème compagnies en première ligne, la 6ème compagnie en réserve à 100 m derrière.

À 12h30, la première vague, sous le tir de barrage, quitte la tranchée de départ suivi à 100 m de la deuxième et à 200 m de la troisième. Le 1er bataillon arrive au réseau de fils barbelés, en partie détruit, de la tranchée du mamelon. Mais pris d'enfilade par des feux de mitrailleuses installées à l'est et au nord de cette tranchée, il subit de lourdes pertes. Le chef de bataillon est tué avant d'arriver aux fils de fer, c'est son adjoint qui prend le commandement mais il est blessé grièvement. Les 4/5ème des officiers sont mis hors de combat mais des éléments du 1er bataillon arrivent cependant à la tranchée du mamelon, ils y font des prisonniers puis la dépassent.

Mais lorsqu'il se rend compte que le mouvement de débordement vers la droite est nettement amorcé, le commandant du régiment donne l'ordre d'attaquer de front. Les pionniers et les survivants de la 7ème compagnie, les pionniers et des isolés de diverses unités s'élancent alors derrière lui. Cette dernière vague ultime de la réserve aborde de front la tranchée Greiz d'un élan tellement irrésistible que ses défenseurs abandonnent la partie. Ils quittent leur tranchée précipitamment, jettent leurs armes, leurs équipements et viennent en courant en colonne par quatre au-devant des assaillants en levant les bras. Il y a là l'effectif d'une compagnie, mitrailleurs compris. Désormais la route est libre, la tranchée Greiz est entièrement conquise et nettoyée. Les nettoyeurs que les Allemands avaient fait prisonniers sont dégagés et se joignent à leurs libérateurs. Ce dernier renfort rejoint les éléments les plus avancés sur les lignes 1253 1252. Les pertes sont lourdes, outre les officiers le JMO signale :

 

 

 

Le 1er RMTA conquiert sa première citation à l'ordre de la VIème armée pour "avoir enlevé brillamment la première ligne ennemie sur un front de 800 m, avoir atteint ses objectifs a plus de 2 km de sa base et avoir fait 800 prisonniers".


 

François Marcellin ROUGÈS, sergent de la 5ème cie du 2ème bataillon du  1er R.M.T.A est tué à l’ennemi lors de l’attaque du secteur de Bouchavesnes (Somme) le 12 septembre 1916, il avait 23 ans.

 

Les autorités militaires ne semblent pas connaître son lieu de sépulture. Comme beaucoup, son corps n'a probablement pas pu être ramené, puis oublié dans le no man's land entre les deux camps. Plus tard, s'il a été retrouvé, il n'a pu être identifié et anonyme placé dans une fosse commune, un ossuaire, peut-être dans le cimetière de guerre dans les environs du champ de bataille. Peut-être au sein de le Nécropole nationale de Rancourt,  située au bord de la route menant de Péronne à Bapaume qui regroupe 8.566 corps dont 3.240 en 4 ossuaires de français tués lors de la bataille de la Somme.

 

 

 

Son décès, qui est porté dans le registre d’état-civil de la commune de Trèbes en date du 10 juin 1918.

 

Son nom est gravé sur le Monument aux morts de Trèbes.

  

Il bénéficiera d’une citation « A été tué glorieusement à la tête de ses hommes le 12 septembre » et fut honoré d’une croix de guerre avec étoile d’argent (à titre posthume – à vérifier)