Judé Laurent Jean PISTRE (1892/1917)

Fils du trébéen Bernard PISTRE et de Jeanne Albine LAGUERRE (native de Gaudiès - Ariège), Jude Laurent Jean est né le 19 août 1892 à Béziers (Hérault). Il a un frère aîné, né à Floure en 1883 et une soeur née à Trèbes en 1885.

 

Jude Laurent est né à Béziers, mais cela semble être une parenthèse, ses parents sont originaires d'Aude et d’Ariège. 

 

Lors du conseil de révision de sa classe, en 1912,  à Mirepoix, il est "bon" pour le service. Son n° matricule au recrutement est le 672 / Foix. Il exerce le métier de valet de ferme et il réside à Engraviès, aujourd'hui hameau de la commune de Dun (Ariège). Il est dit"pupille de l'Aude" ?

 

Il effectue son service militaire à partir du 9 octobre 1913. Il est affecté au 2ème régiment de zouaves à Oran (Algérie).

 

Il est probablement célibataire.

 

 

Il décède, à l'âge de 25 ans, le 30 octobre 1917 (de fait le 21 octobre) à Marvoisin (de fait à Richecourt)  (Meurthe et Moselle) (de fait Meuse).

Cela fait beaucoup d'erreurs NdR


Le 2ème régiment de zouaves est stationné en Algérie (Oran) en octobre 1913, lorsque Judé le rejoint son régiment. Il y reste jusqu’au 3 mai 1914.

 

Ci-dessous un courrier d’un coreligionnaire qui a fait partie du même convoi, il est daté d‘Oran le 13 octobre 1913 :

"....Me voilà tout de même rendu je suis arrivé ce matin à 5 heures après 1 jour et 2 nuits de traversée ce qui était le pire c'est que nous étions couchés à plat sur le parquet nous n'avions qu'une couverture ... Quant à la nourriture il n'y avait rien d'extra,… mais enfin je n'ai tout de même pas eu le mal de mer. Les marins disaient qu'ils ne l'avaient jamais vue si calme. Il n'y a qu'hier soir à huit heures que ça a commencé à danser; il était annoncé une tempête  pour minuit mais ça n'a pas duré longtemps, ce matin elle était aussi calme comme lorsque nous sommes partis.

 Hier à 9 heures nous sommes passés en vue des iles Baléares puis à midi c'était les côtes d'Espagne et à 15 heures l'ile Cabora.

Je suis versé à la 1ère compagnie, 1ère escouade sauf changement mais je ne crois pas…

En attendant de vos nouvelles."

 

Puis une partie du régiment se rend en opération pour occuper le territoire marocain oriental du 3 mai jusqu’au 1er août 1914

 

Le 4 août, à 17h30 le 1er bataillon du régiment embarque sur le «Duc de Bragance», pour débarquer le 8 août à 11h à Sète, il cantonne à partir du 9 août à proximité de Rilleux (Rhône). Le 2ème régiment de marche des zouaves (2° R.M.Z.) se constitue à Sathonay à partir du 1er bataillon du 2ème régiment de zouaves et des 5 et 11. Il appartient à la 37ème division d’infanterie /73ème brigade d’infanterie. La brigade embarque en train le 12 aout à 7h pour débarquer à Rocroy le 14 à 8h15. Puis marche vers Charleroi, par Philippeville. Le 16 le régiment est à Sautour, du 17 au 19 à Neuville, le 20 à Florennes. De là, le régiment marche toute la nuit du 21 puis passe à l’attaque le matin du 22 pour défendre Pontaury et prendre Auvelais. Il reçoit le baptême du feu à Fosses la ville. Écrasé sous le nombre ils  doivent rebrousser chemin et c’est le début de le retraite. Pour son baptême du feu, le régiment a 20 tués, mais surtout 690 blessés dont la plupart sont faits prisonniers.

 

Le 29, il participe à la bataille de Guise tentant d’arrêter l’avancée allemande Après les avoir arrêtés et repoussés, les hommes furent obligés de continuer à battre en retraite. De crainte d'être coupés, ils passent par Laon continuent leur marche en arrière par le camp de Chalons.

 

Ils continuent jusqu'à quelques 20km avant Nogent-sur-Seine que qu’ils devaient atteindre le soir même du 3 septembre, mais un ordre général les fît arrêter. Le 5, le 2ème RMZ bivouaque à Louan –Villegruis. Le lendemain c’est la contre-attaque et le commencement de la bataille de la Marne. Le 7 et le 8 la brigade ne participe pas directement aux opérations mais progresse vers le nord, jusqu’au Petit Morin. Le 9, il est dans les environs ouest de Montmirail

 

Judé est blessé au pied gauche d’un éclat d’obus le 9 septembre 1914 selon sa fiche matricule (plus probablement le 8, selon le JMO de la brigade). La guerre s’arrête pour lui durant quelques semaines. 

 

A quelle date réintègre-t-il son régiment ? Il est cité à l’ordre du jour de la brigade le 8 mars 1915.  Son parcours transcrit sur sa fiche matricule ne donne pas d'indice.

citation du 8 mars 1915

front Belval-Oise en 1914

organisation du front en camps retranchés

le même secteur aujourd'hui

le front Barleux - Belloy en juillet 1916

 

 

 

Pour reconstituer les unités, le commandement a prescrit la dissolution du 4ème bataillon, le 25 juillet.

 

Cependant la période de repos est vite passée. Dans la nuit du 29 au 30 juillet, le régiment effectue la relève du 5ème R.I. colonial dans la région de Canny, secteur très calme que l'artillerie trouble à de rares intervalles et où l'action de l'infanterie se borne à des patrouilles et à des embuscades tendues sur le vaste glacis qui sépare nos lignes de celles de l'ennemi. La vie y est presque douce en ce chaud mois d'août 1916. Les tranchées et les boyaux sont bordés de coquelicots et de bleuets. Dans le village de Canny, dont presque toutes les maisons sont en ruine, les jardins sont encore tous en fleurs.

 

Le 24 octobre, le régiment est relevé et s'achemine par étapes vers le camp de Crèvecœur, où de nouveau il va séjourner du 3 au 17 novembre. Pendant cette période, malgré le mauvais temps, il s'exerce d'une façon intense, et par ses efforts journaliers parvient à un remarquable degré d'entraînement. Mais brusquement, le 16 novembre, paraît l'ordre de départ. Une opération de grande  est, dit-on, en perspective. La Division Marocaine doit y participer.  

 

Le 17 décembre, le 2ème bataillon, rapidement embarqué en autos-camions, est transporté dans la région de Chuignolles d'où il part le lendemain pour aller relever en ligne le 1er bataillon du 32ème colonial. Les deux autres bataillons suivent le surlendemain et s'installent au camp de Marly près de Chuignolles. Aussi, alternant avec l'occupation du secteur de Villers-Carbonnel, le régiment s'entraîne lorsqu'il est à l'arrière et répète sur un terrain reproduisant exactement les lignes ennemies, et dans ses moindres détails, l'attaque qui doit être déclenchée prochainement. 

 

En ligne, le secteur est tenu par un bataillon, les deux autres occupant les tranchées de seconde ligne; ce sont de pénibles jours que ceux passés dans ce chaos désert près de la Somme, dans l'eau et dans la boue que les neiges de décembre accroissent sans cesse. Les boyaux et les tranchées sont de véritables canaux de vase dans lesquels brusquement on perd pied pour s'enfoncer souvent jusqu'à la ceinture. A chaque relève, les colonnes perdent des hommes que l'effort d'équipes nombreuses parvient à peine à dégager. Pendant la dernière relève du régiment par les fantassins, on voyait, à la lueur de l'aube naissante, des statues bleu-horizon enlisées jusqu'aux cuisses, immobiles, évitant tout mouvement qui n'aurait eu pour résultat que d'accroître le danger. On a les mains pleines de fange Et les souliers pénétrés d'eau. En outre, l'ennemi, qui disposait d'une nombreuse artillerie, ne laissait aucun répit à nos troupes, arrosant systématiquement nos lignes d'obus de tous calibres et d'obus toxiques. Le 20 décembre l'ennemi, qui sent notre prochaine attaque, tente un coup de main sur le bataillon qui tient le secteur à notre droite et, pour tromper ce dernier, fait une énergique diversion d'artillerie sur le 1er bataillon de zouaves qui occupe les tranchées du Sansonnet et de Ham. Des obus toxiques sont lancés dans ces tranchées et dans le boyau de Calédonie et sèment la mort dans les sections. De nombreux cadavres au visage convulsé par la souffrance gisent autour des abris. Le gaz mortel s'infiltre dans les sapes asphyxiant les hommes avant même qu'ils aient eu le temps de mettre leur masque protecteur. 

 

L'état du terrain et les circonstances atmosphériques font abandonner le projet d'attaque, et, le 28 octobre, le régiment relevé gagne de nouveau par étapes le camp de Crèvecœur; il y séjourne jusqu'au 25 janvier, poursuivant son entraînement et son instruction.

 

Le 25 janvier 1917, le 8ème zouaves gagne le secteur de Popincourt-Tilloloy qu'il occupe sans incident jusqu'au 2 février. Pendant que deux bataillons tiennent les premières lignes, le 3ème bataillon participe activement aux travaux gigantesques en cours dans les bois environnants en vue de l'offensive prochaine. 

 

Le 3 février, le régiment est relevé et gagne par étapes la région de Montreuil-sur-Brèche, où il séjourne pendant 3 semaines. Il défile ensuite magnifiquement à Beauvais devant les officiers du Grand Quartier Général et cantonne le 28 au soir dans le faubourg est de cette ville. Les jours qui suivent passent doucement au milieu d'une accueillante population. Le 6 mars, le 3ème bataillon est passé en revue par le général Nivelle. 

 

Le 8 mars, le régiment gagne la région de Montdidier et cantonne à Gratibus et à Figuières. 

 

Le commandement français a monté une offensive générale pour briser le front ennemi. Les Allemands le savent et, pour y parer, ils vont refuser la bataille, abandonner le terrain menacé et annihiler ainsi les 4 mois de préparation. Le raccourcissement du front leur libèrerait une vingtaine de divisions et ils transportaient la lutte sur le terrain qu'ils avaient choisi et préparé: retranchements établis selon des principes de fortification encore inédits et en rapport avec la puissance du feu de l'artillerie actuelle. 

 

Le 17 mars, la troupe apprend par un communiqué de l'état-major que l'ennemi est en pleine retraite sur le front de l'armée et que la poursuite commence. Le 8ème zouaves, en formation d'approche, se met immédiatement en route à travers un pays dévasté, transformé en glacis sur lequel on ne trouve plus aucune ressource naturelle. Le 1er bataillon, avant-garde du régiment, arrive Roye à la tombée de la nuit. Une grande angoisse étreint les cœurs à la vue de ces ruines et de ces immenses entonnoirs qui barrent les rues et surtout de ces ombres blêmes qui sortent de l'ombre en tremblant. Les pauvres habitants qui, pendant 3 ans, ont vécu sous le joug allemand, osent à peine se croire enfin libres et accueillent nos soldats avec des larmes dans les yeux.  Aussitôt installés, les bataillons commencent les travaux de déblaiement et de réfection des routes et de la voie ferrée. Le 26 mars, ces travaux achevés, le régiment est ramené dans les environs de Montdidier où il embarque le 31 pour la Champagne. 

groupe de zouaves en 1914

 

Judé PISTRE est affecté au 8ème R.M.Z., le 12 janvier 1916. Est-ce à son retour de convalescence, ou plus tard ? Ce régiment constitué en 1914 est issu de 4 bataillons stationné au Maroc avant 1914.

 

Ce régiment de 4 bataillons fait partie de la 2ème brigade marocaine (Division marocaine) durant toute la guerre.

 

Après avoir participé à la bataille des frontières et à l'offensive de la Marne en août et septembre 1914, il participe à la bataille des Flandres, il participe en 1915 à l'offensive d'Artois et à le seconde bataille de Champagne.

 

* Carnets de Marceau NEDONCELLE, pour suivre la vie quotidienne des poilus du 8ème RMZ

 

Judé rejoint ce régiment à Crépy en Valois (Oise) où celui-ci est mis à l'instruction dans le camp de Crèvecœur du 27 janvier au 12 février, malgré la pluie et la neige, il participe à d'importantes manoeuvres au, cours desquelles hommes et cadres se familiarisent sur le terrain avec les nouveaux procédés de la guerre scientifique élaborés à la suite des dernières batailles. 

 

Le 24 février le régiment va prendre position dans le secteur entre l'Oise et Belval. A partir du 1er mars, il tient le front dans le secteur de Machemont. Le secteur est plutôt calme, troublé seulement par d'intermittents bombardements et des opérations d'infanterie de petite envergure.

 

Le 18 juin le régiment est relevé, direction la Somme. Débarqué le 21 à Villers-Bretonneux, le régiment va cantonner à Warfusée Abancourt. Dès son arrivée le régiment participe aux travaux de préparation de l'offensive soit en première ligne, soit à l'arrière aux environs de Proyart. De gigantesques canons de marine sur trains blindés dressent, à l'horizon, leurs formidables silhouettes; et partout, le long des routes, dans les champs, s'amoncellent des dépôts de munitions que d'incessants convois d'auto-camions grossissent sans cesse.  

 

Deux jours après que Judé PISTRE ait été nommé caporal (1er juillet 1916), le 3 juillet, le régiment est engagé pour relever le 21ème R.I.C. dans les anciennes tranchées allemandes, au-delà de Assainvillers, enlevées la veille. Il monte en ligne dans la nuit du 4 au 5 juillet, après de longues heures de marche le 4ème bataillon (Duprat de la Roquette) arrive en première ligne, pendant que les 3 autres bataillons restent en réserve aux environs immédiats d'Assainvillers. Dès le lendemain commencent d'actifs travaux d'aménagement de secteur. L'ennemi, en effet, surpris les premiers jours de notre offensive, s'est ressaisi et résiste énergiquement. Son artillerie, établie sur la rive droite de la Somme, concentre ses feux sur nos voies de communication, qu'il rend ainsi impraticables. Il est urgent d'assurer la liaison avec l'avant. Un immense boyau, long de près de 3 km, est aussitôt tracé à travers la plaine d'Assainvillers, et les bataillons de réserve avec des compagnies de territoriaux travaillent sans relâche à son exécution. 

 

Cependant l'offensive, qui a marqué un temps d'arrêt, doit être continuée. La Division Marocaine reçoit la mission de s'emparer de la ligne de hauteurs qui bordent la rive gauche de la Somme, à Belloy et Barleux, et que l'ennemi a puissamment fortifiées. Le terrain du reste est nettement défavorable. La tranchée de jonction qui fait face au front du 8ème zouaves est à contre-pente entièrement cachée à notre vue. A notre gauche le formidable bastion de Barleux abrite de nombreux abris bétonnés de mitrailleuses. L'attaque est fixée au 9 juillet. Les 1er bataillon (Pelloux) et 4ème bataillon (Duprat de la Roquette) prennent, dans la soirée du 8, leurs emplacements de combat, pendant que le 2ème bataillon (Durand) et  le 3ème bataillon (Callais) se tiennent prêts à toute éventualité sur les positions de seconde ligne. Tous ces mouvements se font péniblement. Les pluies continuelles des jours précédents ont transformé les boyaux en marécages. Le ravitaillement, gêné par l'artillerie adverse, se fait mal par les routes défoncées.

A 14 heures, les zouaves des bataillons s'élancent à l'assaut avec leur ardeur habituelle. A peine sont-ils parvenus sur le sommet de la crête qu'ils sont accueillis par de violentes rafales de mitrailleuses venant de Barleux et de Belloy-en-Santerre et, lorsqu'ils arrivent en vue de la tranchée allemande, les tirailleurs ennemis, serrés au coude à coude, ouvrent sur eux un feu précis et meurtrier.

 

L'attaque a complètement échoué; 5 des compagnies sont presque anéanties. Néanmoins le commandement veut à toutes forces atteindre le but assigné. L'attaque sera reprise le lendemain. Le 2ème bataillon remplace le 4ème. Et le 10 dans la matinée paraît l'ordre d'attaque; celle-ci devra se faire par échelons successifs, le mouvement commençant dès que les coloniaux auront enlevé Barleux. Pour éviter les pertes, il est prescrit que cette attaque n'aura pas les caractères d'un assaut, mais celui d'une progression méthodique, section par section, en utilisant tous les accidents de terrain. Malgré toutes ces précautions et malgré une intense préparation d'artillerie de campagne et d'artillerie lourde, l'attaque déclenchée à 14 h échoue comme celle de la veille. Les coloniaux n'ont pu atteindre Barleux dont les mitrailleuses ont fauché implacablement les vagues d'assaut. Deux sections de zouaves qui, à notre gauche, avaient commencé à suivre le mouvement des coloniaux sont presque immédiatement anéanties. On se rend compte cette fois que toute tentative de progression est vouée à un échec certain. Barleux et la tranchée de jonction resteront du reste imprenables jusqu'au grand repli allemand de mars 1917. Pour le moment toute idée d'offensive dans ce secteur est définitivement écartée. Les jours suivants se passent en travaux d'organisation de secteur, aménagement de la défense, création de boyaux et de tranchées de deuxième ligne. 

Enfin, le 14, tout le régiment se rend par étapes à Longueau où il s'embarque en chemin de fer le 16 à destination d'Estrées-Saint-Denis. 

Le régiment, débarqué le 31 mars à Saint-Hilaire-au-Temple, gagne pendant la nuit le camp de Mourmelon où il va séjourner dans l'attente de la grande offensive que de formidables préparatifs annoncent prochaine. 

Décidé à agir coûte que coûte, à garder l'initiative, le général Nivelle n'a pas voulu renvoyer à plus tard son offensive. Laissant de côté le front nouveau de Saint-Quentin à l'Aisne, qui demandait 10 mois pour être organisé, le commandement français va utiliser la partie du front déjà préparée (chemin de Dames) qui n'avait pas été affectée par le repli. Il y ajoute un secteur de diversion en Champagne. Tout le front est en effervescence; de gigantesques travaux sont en voie d'achèvement grâce au travail de milliers hommes. Les innombrables boqueteaux qui couvrent comme un damier le sol crayeux de Champagne cachent, sous leurs frondaisons, des milliers de canons de tous calibres, du 75 au 400. Les chemins de fer à voie étroite sillonnent la plaine dans tous les sens et apportent sans relâche de nouveaux stocks de munitions. 

 

Le 8ème zouaves participe activement à ces travaux; chaque nuit un bataillon monte en ligne améliorer les boyaux, creuser des parallèles de départ et transporter des munitions à l'artillerie de tranchée. La préparation d'artillerie commence dès la seconde semaine d'avril: au milieu des éclatements des 150 s'élèvent sur les collines occupées par l'ennemi d'immenses gerbes de flamme et de fumée, ce sont les 240 et les 400 qui bouleversent les défenses des Allemands. 

 

Ceux-ci restent relativement calmes, gardant l'expectative. S'ils s'atten-dent certainement à une attaque française sur les fronts des Vème et VIIIème armées, où les préparatifs ont été faits à ciel ouvert, ils sont beaucoup moins certains de l'offensive française sur le front à l'est de Reims. Il n'y aurait, pour eux, qu'une simple action locale destinée à les tromper sur la véritable attaque qui devait avoir lieu entre Craonne et Reims avec Laon pour objectif. Des réserves avaient été prélevées en arrière du front de leur armée et dirigées sur le front Craonne - Reims. Il y a donc eu surprise le 17, sur notre point d'attaque. Un peloton de zouaves, réussissent à traverser l'épais réseau de fils de fer barbelés en partie détruit, franchissent la tranchée de première ligne dont ils exterminent les défenseurs et poussent jusqu'à la seconde ligne qu'ils trouvent encore intacte. Munis de ces précieux renseignements, le peloton rentre dans notre tranchée, ramenant deux prisonniers. 

 

 



 

A 11 h, le commandant de la division envoie ses félicitations au 8ème zouaves. Mais dès lors la progression se fait de plus difficile, car à gauche le 9ème  régiment d'infanterie n'a pas autant avancé et à  droite le 7ème tirailleurs, qui a essuyé de lourdes pertes, avance péniblement. Le régiment est en flèche de plus d'un kilomètre. Toute nouvelle avance est impossible. Cette journée s'achève ainsi sans nouvel incident: 3 kilomètres de défenses ennemies, plusieurs centaines de prisonniers, 9 canons, tel en est le bilan. Nos pertes ont été « légères »

 

La journée du 18 se lève neigeuse et glaciale; dès l'aube, l'artillerie ennemie, qui pendant la nuit est restée calme, prend violemment à partie l'ensemble du Mont-sans-Nom, qu'elle arrose sans trêve. La situation est difficile, les liaisons précaires. L'ennemi commence les contre-attaques. L'une plus violente débouche sur le front du 7ème tirailleurs, met la droite du 8ème RMZ en danger. Un groupe de grenadiers de la 10ème compagnie du 3ème bataillon, avec le lieutenant Lalle dégage les sections de tirailleurs qui, à bout de munitions, sont presque encerclées. L'opération réussit à souhait et les zouaves reviennent avec 75 prisonniers.

 

Judè Pistre, qui fait partie de ce groupe, recevra une citation à l'ordre du jour du Corps d'armée.

 

Sur la gauche le 9ème régiment d'infanterie reçoit l'ordre de se porter en avant et d'essayer d'atteindre le puissant bastion du Mont-Téton. Le mouvement commence à 18h. Le 8ème zouaves, liant son mouvement à celui de ce régiment avance dans la direction du bois n° 50 et bientôt les 9ème et 6ème compagnies occupent en avant de la tranchée de Bethman-Holweg 3 emplacements de batteries abandonnés et capturent une grande quantité de munitions et un canon de 105 court dont la 9ème compagnie s'empare. On organise rapidement le terrain conquis.

 

 

Cependant l'ennemi n'a pas renoncé, dans la nuit, de forts contingents sont rassemblés dans le bois n° 50 et, à 5 h10, après une intense préparation d'artillerie sur l'ensemble du Mont, ils s'élancent en masses compactes à l'assaut. Les 75, les fusils-mitrailleurs et les mitrailleuses entrent aussitôt en action et fauchent les colonnes ennemies et les survivants refluent en désordre vers le bois. A 8 h40, deux prisonniers, interrogés, affirment que tout leur régiment est dans le bois n° 50. Cette information est transmise à l'artillerie qui commence un pilonnage vers 9 h30. Or, les allemands relancent une attaque à la même heure; ses vagues d'assaut sont repoussées avec de lourdes pertes, pendant que les soutiens et les réserves sont anéantis par l'artillerie écrasant le bois. 

 

C'est la dernière tentative ennemie, le Mont-sans-Nom est définitivement gagné. Les monceaux de cadavres qui gisent entrent les lignes attestent l'importance que l'ennemi attachait à la possession de ce bastion. Mais si l'ennemi a renoncé aux attaques d'infanterie, son artillerie reste particulièrement active. Sans trêve les obus de tous calibres tombent sur le Mont et sur les premières lignes; les pertes sont sensibles. Les jours suivants se passent en travaux de toutes sortes, création de défenses, aménagement de boyaux et réfection des tranchées. 

 

Le régiment ne veut cependant pas quitter le secteur en laissant aux mains de l'ennemi une seule position du terrain conquis par lui avant la contre-attaque du 19. Pour cela, il faut s'emparer de la batterie 42.54 qui est tenue solidement,  entourée de réseaux de fil de fer et garnie de mitrailleuses. A la tombée de la nuit, après une vigoureuse préparation d'artillerie, la section de l'adjudant Gonthier bondit sur la batterie, mais les Allemands n'ont pas voulu accepter le combat et se sont repliés aux premiers coups de canon. Les zouaves veulent pousser plus loin vers une autre batterie qu'ils aperçoivent à quelques centaines de mètres. Ils se glissent sans bruit dans les bois et sont bientôt à proximité de la proie convoitée, quand éclate une fusillade meurtrière. Les hommes se replient sur la batterie 42.54 qu'ils viennent de conquérir et qu'ils organisent solidement. La période de lutte est désormais terminée. Les quelques jours qui précèdent la relève sont employés aux travaux d'organisation. 

 

Le 25 et le 26, le régiment est ramené au camp de Mourmelon, fier de sa magnifique victoire qu'une troisième citation va bientôt commémorer. Plus de 3 kilomètres de défenses enlevés à l'ennemi, 600 prisonniers et 10 canons capturés, tel est le bilan de ces journées d'avril 1917. 

Paysage de l'assaut du 20 août 1917

Le 16 avril, les ordres d'engagement arrivent. La Division Marocaine, à l'extrême droite du dispositif, est chargée d'enlever le puissant bastion du Mont-sans-Nom et le saillant d'Auberive. Le Mont-sans-Nom s'élève devant less lignes qu'il domine dans toutes les directions . Protégé lui-même par la côte 180, bastion avancé d'allure plus modeste, les Allemands en ont fait le pivot de leur défense et le principal observatoire de la région. Des abris profonds, de vastes galeries aux entrées multiples aboutissant à de nombreux blockhaus de mitrailleuses, des observatoires en béton défiant les coups de l'artillerie, l'ennemi n'a rien négligé pour rendre le Mont imprenable. C'est de ce puissant système de défenses que le 8ème zouaves doit s'emparer d'abord, afin de pouvoir aborder ensuite les parallèles de Monronvillers qui constituent son 2ème objectif, la vallée de la Suippe étant l'objectif final de notre attaque. 

 

Les grandes lignes tactiques du plan d'engagement du régiment sont les suivantes : au départ les 3 bataillons échelonnés attaquent dans l'ordre: 2ème bataillon (Durand), 3ème bataillon (Callais), celui de Judé PISTRE et 1er bataillon (Pelloux). Le 2ème bataillon en tête a pour mission de s'emparer du Mont-sans-Nom, pendant que le 3ème bataillon s'échelonnera sur la gauche de manière à assurer la liaison avec le régiment voisin et à parer à une contre-attaque possible débouchant du massif de Moronvillers. Le 1er bataillon, réserve de brigade, dépassera le 2ème bataillon lorsque celui-ci atteindra les parallèles de Moronvillers et enlèvera la tranchée de Betheniville. 

 

La préparation d'artillerie, d'abord méthodique et intermittente, est maintenant continue et violente. Le Mont-sans-Nom disparaît dans un nuage de fumée épaisse que des flammes traversent brusquement. 

 

Dans la nuit du 16 au 17 avril, au milieu du fracas assourdissant du canon, les unités montent en ligne occuper leurs emplacements d'attaque. Une pluie froide et persistante, mêlée de flocons de neige, transperce les vêtements; immobiles dans les tranchées de départ, ils attendent. Vers minuit, tout le monde est en place, le 2ème bataillon dans les parallèles de départ, le 3ème bataillon dans les tranchées de 2ème ligne, le 1er bataillon à hauteur de la voie romaine. 

A 4 h45 lors des dernières ombres de la nuit pluvieuse et sombre, les 6ème et 7ème compagnies bondissent et, les vagues d'assaut se ruent sur l'ennemi. Celui-ci, surpris par cette attaque en pleine obscurité, déclenche un barrage nourri et ouvre le feu de toutes ses mitrailleuses. Mais l'élan des zouaves est irrésistible; 25 mn après le départ, le 2ème bataillon a enlevé la côte 180 et continue vers le Mont-sans-Nom encore occupé fortement par l'ennemi et dont les mitrailleuses ballaient la plaine. A 6h55, tout le régiment, qui a franchi "sans pertes sensibles" le barrage ennemi, se trouve dans les lignes allemandes. A 7h, le 2ème bataillon, après avoir réduit de nombreux ilôts de mitrailleuses, atteint le sommet de la Pelade du Mont; pendant ce temps les nettoyeurs de tranchées finissent la besogne dans les abris. Les colonnes de prisonniers défilent vers l'arrière. La progression continue. Bientôt le 2ème  bataillon enlève la tranchée de Bethmann-Hohveg et la batterie 42.52, où la 6ème  compagnie s'empare de 3 obusiers et d'un stock de plusieurs milliers d'obus. 

 

                                     un grenadier, semblable à Judé PISTRE, en action

Le lendemain matin, 19 avril, de fortes reconnaissances sont envoyées dès l'aube pour explorer les bois environnants; elles se heurtent à de forts éléments allemands et doivent immédiatement rétrograder. A 6 h30, sur les pas de nos reconnaissances, les Allemands débouchent et attaquent violemment notre front avancé tenu depuis la veille au soir par la 9ème compagnie (Treyssac) à gauche et la 6ème compagnie (Millon) à droite. Sous le choc et submergés par le nombre, les zouaves sont forcés d'abandonner les emplacements de batteries ennemies qu'ils occupaient. De terribles combats corps à corps s'engagent. La 6ème compagnie, décimée, perd dès le début de l'action son chef, le lieutenant Millon et ses deux officiers. La 9ème compagnie, bousculée, réussit, en pivotant sur sa gauche qui tient solidement la batterie 40.55, à s'accrocher au boyau de Czernowitz, permettant ainsi aux éléments de la 6ème compagnie de se replier. Nos grenadiers et nos mitrailleurs font des prodiges de valeur. Les compagnies de mitrailleuses du 2ème et du 3ème bataillon ont toutes leurs pièces en action. Le lieutenant Cardin, de la C.M.3, dont tous les hommes sont hors de combat, s'empare lui-même d'une pièce, la place en avant du parapet de la tranchée pour élargir son champ de tir et, sous le feu intense de l'ennemi tire jusqu'à ce qu'il tombe frappé de plusieurs balles. 

 

Malgré cette héroïque résistance, l'anéantissement de la 6ème compagnie a créé un vide par lequel les Allemands vont s'infiltrer. Ils atteignent bientôt la tranchée Bethmann-Holweig mais là, les 1ère et 5ème compa-gnies, en soutien, contre-attaquent l'ennemi et réussissent à dégager les éléments de la 6ème compagnie qui résistent encore dans cette tranchée. Les pertes sont lourdes. Tous ces efforts sont cependant impuissants à arrêter l'ennemi qui dépasse la tranchée de Bethmann-Holweig et s'enfonce comme un coin entre le 8ème zouaves et le 7ème tirailleurs. C'est de toute évidence le Mont-sans-Nom que l'ennemi s'efforce de reprendre. Pour parer à ce danger, les compagnies disponibles des 3 bataillons sont amenées sur des positions favorables à la contre-attaque qui doit avoir lieu à 14 h30, en liaison avec un bataillon du 168ème régiment d'infanterie, mis à la disposition du régiment.  Mais les zouaves n'entendent pas laisser à d'autres le soin de venger leurs morts. A 13 h30, une heure avant le moment fixé par le commandement, le 2ème bataillon (Durand) attaque à l'improviste l'ennemi; surpris, celui-ci abandonne la tranchée de Bethmann-Holweig après un furieux combat à la grenade et se retire dans les bois en disputant le terrain pied à pied. Toute l'après-midi se passe à réduire les uns après les autres des ilôts de résistance. La lutte est particulièrement acharnée autour des batteries que l'ennemi a fortement organisés et garnis de mitrailleuses. A la tombée de la nuit, la ligne du 18 est rétablie, sauf la batterie 42.54. 

 

 

 

 

 

Début mai, le 8ème zouaves est embarqué brusquement en camions automobiles et conduit à Bouvancourt au sud de l'Aisne. De là, après une rapide reconnaissance, le régiment va occuper le secteur de la Miette, devant Berry-au-Bac. Pénible séjour. Les hommes occupent les anciennes lignes allemandes. Le sol y est retourné, les tranchées et les boyaux sont effondrés. De grands travaux sont nécessaires. Les zouaves s'y emploient dès leur arrivée en secteur. Mais l'ennemi dispose d'une nombreuse artillerie et pilonne sans arrêt. Les pertes sont chaque jour des plus sensibles dans ce secteur ingrat « que dominent les cratères blancs de la côte 108 et dont les ruines de la ferme du Choléra et de Berry-au-Bac sont le principal charme». 

 

Le 21 juin, le régiment est relevé et, le 7 juillet, il est transporté dans la région de Ramerupt à l'est d'Arcis-sur-Aube. Là, dans des cantonnements agréables les semaines passent vite et par ce beau soleil du mois de juillet les exercices et les manoeuvres se font sans fatigue. 

 

 

Le 4 août, le général Pétain rend visite à la Division, appelée à participer à la prochaine offensive de Verdun. 

 

La Division Marocaine sera placée au centre du dispositif d'attaque et le 8ème zouaves, encadré à l'Est par le 4ème tirailleurs, à l'Ouest par le 7ème, reçoit la mission de s'emparer de la première ligne allemande (tranchée de Dek et de Turin), puis de la seconde ligne (tranchée de Waldeck et de Hesse) et d'aborder ensuite, en suivant les grands boyaux de Hesse et de Kœnisberg, les défenses établies en contrepente sur la rive sud du ruisseau de Forges. 3ème bataillon (Callais) étant chargé d'enlever le premier et le deuxième objectif; le 1er bataillon (Jozereau) devant passer ensuite en première ligne et s'emparer du troisième objectif essentiellement constitué par un puissant réduit appelé "Centre 2", que les Allemands ont garni de nombreuses mitrailleuses. Des détachements légers doivent, en fin de combat, explorer et nettoyer les rives du ruisseau de Forges. Le 2ème bataillon (Durand) est maintenu en réserve de division. 

 

Le 19 août, le 8ème RMZ est embarqué à son tour en camions automobiles et conduit à Vadelaincourt où il cantonne. De là il va, dans la nuit du 19 au 20 août, occuper les premières lignes au nord de Chattancourt. 

 

Le 3ème bataillon (Callais, celui de Judé aussi) en première ligne, sa gauche dans le saillant du «Bonnet d'Evêque». On aménage en hâte des parallèles de départ. La nuit est constamment trouée par les innombrables lueurs de la préparation d'artillerie qui se fait, d'heure en heure, plus violente. Un roulement infernal déchire le silence de la nuit, les lignes ennemies sont ponctuées par d'incessantes colonnes de fumée et de feu. Sous cet ouragan, l'ennemi tient ferme et manifeste son activité par un tir systématique d'artillerie de tranchée, qui tombe dans notre première ligne, gêne considérablement les mouvements du bataillon et laisse craindre une résistance opiniâtre à notre attaque. 

Le 20, à 1 h, tout le monde est en place; les zouaves, tapis dans leurs tranchées, attendent les premières lueurs du jour. Les heures passent lentement pendant que le tir des minenwerfer ne cesse pas. 

 

A 4 h. 40, les vagues d'assaut sortent des parallèles et bondissent sur l'ennemi; surpris, il n'a même pas le temps de déclencher un tir de barrage. En quelques minutes, la première et la seconde tranchée ennemie sont enlevées sans difficulté, les rares fantassins qui les défendaient encore s'étant rendus à notre approche. La marche en avant continue, mais le terrain est horriblement bouleversé. La progression est pénible. Les gaz toxiques que nous avons envoyés en grande quantité stagnent encore dans les entonnoirs et au fond des tranchées, gênant considérablement la respiration. 

 

Le bois des Caurettes est dépassé ; les compagnies d'assaut dévalent dans le ravin, mais là, emportées par leur élan, elles pénètrent dans notre propre barrage et subissent des pertes sensibles. Revenir en arrière, ne serait-ce que de quelque mètres, est une solution inadmissible pour les zouaves qui n'hésitent pas à bondir en avant, dépassant le barrage et arrivant ainsi devant la tranchée de Waldeck qui est immédiatement enlevée à la baïonnette. il est près de 5 heures du matin. 

 

On pénètre alors dans le bois des Corbeaux, dont les arbres dressent vers le ciel leurs troncs horriblement déchiquetés. Tout y est bouleversé. Cependant l'ennemi occupe encore le bois solidement et ses mitrailleuses balayent le sol. Des grenadiers ennemis, sortant du tunnel par les rameaux qui débouchent dans les boyaux de Hesse et du Kœnisberg, résistent énergiquement. De violents combats s'engagent mais les Allemands sont refoulés dans le tunnel dont tous les orifices restent dorénavant interdits jusqu'à la capitulation de la garnison, entre les mains du 7ème tirailleurs. 

 

Le 1er bataillon (Jozereau), qui vient de dépasser le 3ème, continue sa marche et arrive bientôt devant le Centre 2, objectif final du régiment. L'ennemi se défend obstinément, mais après de vifs combats à la grenade, les zouaves restent maîtres du terrain, faisant une centaine de prisonniers immédiatement renvoyés vers l'arrière. L'attaque est terminée.

 

En 5 heures les zouaves (avec l'ensemble de la brigade marocaine) ont enfoncé le front allemand sur une profondeur de plus de 3 kilomètres, se sont emparés de plus de 300 prisonniers appartenant à 4 régiments différents et d'un matériel de guerre considérable. 

 

 

Installés dans les tranchées du Centre 2, qu'ils aménagent et retournent face au Nord, ils voient devant eux, sur l'immense glacis qui les sépare du ruisseau, les emplacements des batteries qui, la veille et le matin même, les ont si violemment pris à partie. Des reconnaissances sont immédiatement envoyées en avant. Les zouaves remplissent hardiment leur mission. Les groupes offensifs légers poussent jusqu'au ruisseau et font sauter les passerelles. Mais les emplacements de batterie sont vides.

 

Mais le sous-lieutenant, qui dirige les reconnaissances, n'entend pas borner là sa mission. Il traverse le ruisseau et, s'enfonçant dans les bois qui couvrent les pentes nord de la vallée, il atteint la ligne des batteries encore en action. les zouaves, que rien n'intimide, n'hésitent pas à tenter l'assaut de la première batterie. Les servants, d'abord surpris, se ressaisissent et ouvrent le feu; mais après un court combat ils s'enfuient rapidement sous bois laissant leurs canons aux mains des zouaves qui les font sauter l'un après J'autre. Encouragée par ce premier succès, la reconnaissance pousse plus avant et réussit à faire sauter les canons de trois autres batteries.

 

La journée du 20 août se termine sur ces faits d'armes... Les jours suivants se passent en travaux d'organisation de la position conquise. L'ennemi, devant les moyens déployés, a renoncé à toute contre-attaque. Il se borne à bombarder systématiquement les positions et à gêner les mouvements par de nombreuses incursions d'avions au-dessus des lignes. Le terrain conquis a été si profondément bouleversé par la préparation d'artillerie que nombre de tranchées et boyaux allemands sont devenus inutilisables. Un plan de réfection et d'aménagement est nécessaire pour mettre nos positions à l'abri de toute tentative ennemie. Le travail est activement poussé malgré le bombardement continu de l'ennemi. Les pertes dans ces dernières journées d'offensive sont "légères".

 


 

Dans la nuit du 1er au 2 septembre le régiment, relevé par le 1er zouaves, quitte le champ de bataille de Verdun où il vient de conquérir sa quatrième palme et, le 3, il est transporté par chemin de fer à Pagny-sur-Meuse d'où il gagne immédiatement le camp de Bois-l'Evêque. 

 

 

Le contraste était frappant entre les côtes meusiennes toutes déchirées par la guerre et la calme fraîcheur des coteaux mosellans, en cette belle fin d'été de 1917. Mais les zouaves ne s'attardent pas. A peine une bataille terminée il faut préparer la prochaine; aussi, matin et soir s'exercent-ils en spécialités, tir, évolutions, combats.

 

Le 27 septembre, le général Pétain vient passer en revue la Division Marocaine et épingle la quatrième palme au drapeau du régiment. Il réunit les cadres et, dans une improvisation familière, en quelques mots très simples, il leur fait entrevoir les formidables batailles de l'avenir. 

 

Au commencement d'octobre, le régiment reprend un secteur au nord de Toul, Bouconville, Xivray, Marvoisin, sur les bords marécageux du Rupt-de-Mad. La plaine basse est dominée par les observatoires du Mont-Sec et des collines d'Apremont, qui sont aux mains de l'ennemi; là, comme sur de si nombreux points du front, il a su choisir ses positions. C'est la vie de secteur: les patrouilles, les travaux dans l'eau et dans la boue, la construction des boyaux et des abris; dans ces travaux pénibles, comme au combat, les zouaves sont passés maîtres. Mais déjà un oeil attentif devine les opérations futures: les communications se multiplient et les chemins défoncés de la forêt de la Reine se transforment en belles chaussées carrossables. 

 

 

Il ne faut pas que la vie de secteur fasse perdre aux zouaves leur ardeur combattive. Le 31 octobre, à 6 h30, un peloton de 60 hommes dont le caporal Judé PISTRE, de la 10ème compagnie-3ème bataillon sous le commandement du sous-lieutenant Raffaëlli) exécute sur Richecourt un coup de main, qui peut être cité comme un modèle: minutieuse préparation à l'arrière, reconnaissances plus minutieuses encore, liaison intime avec l'artillerie dont les destructions enchantent les zouaves, surprise, rapidité, encadrement formidable par l'artillerie et les mitrail-leuses tirant en tir direct et indirect. Les zouaves s'élancent à l'heure où la nuit vient. Un quart d'heure après ils rentrent avec 13 prisonniers dont 2 sous-officiers. De notre côté, un caporal (Judé PISTRE) avait disparu, broyé sans doute par un obus. De très précieux croquis furent recueillis. 

Plaine devant Xivray-Marvoisin en direction de Montsec

 

Saillant de Richecourt, face aux tranchées de Xivray-Marvoisin ( Meuse)

 

 

Le caporal Judé Laurent Jean PISTRE, il a 25 ans, disparait le 31 octobre 1917, lors du coup de main dans le réduit de Richecourt, probablement comme le suggère le JMO, tué par un obus.

 

Les autorités militaires ne semblent pas connaître son lieu de sépulture. Abandonné sur le terrain, enseveli sous un bombardement, son corps oublié dans le no man's land entre les deux camps.  S'il a été retrouvé, il n'a pu être identifié et anonyme, placé dans une fosse commune, un ossuaire, peut-être dans le cimetière de guerre dans les environs du champ de bataille.

 

Son décès est fixé par jugement déclaratif au 30 octobre (?) 1917 par jugement déclaratif du tribunal de Pamiers en date du 10 mai 1922. Son décès est inscrit sur le registre d'état-civil de la commune d'Engraviès (aujourd'hui Dun) en Ariège.

 

Son nom est gravé sur les monuments aux morts de Pamiers, Dun et de Trèbes et peut-être honoré Béziers sous le prénom de Jean

 

Judé Laurent Jean PISTRE a été honoré de 3 citations :

 

8 mars 1915 - A l'ordre du jour de la brigade n° 11 : Brillante conduite au feu. Blessé le 9 septembre 1914 au pied gauche d'un éclat d'obus

 

19 mai 1917 - A l'ordre du jour du Corps d'Armée n° 238 : Le 18 avril 1917, à la tête des grenadiers d'élite de sa compagnie et chargé de réduire un groupe d'ennemis qui avait envahi une... puissamment ... (illisible)

 

 

 

19 septembre 1917 - A l'ordre du jour de la brigade n° 89: Gradé d'une belle énergie et d'un sang-froid remarquable a conduit brillamment son groupe à l'attaque, excitant le moral des jeunes soldats sous le tir de barrage, submergeant toute tentative de résistance avec une crânerie superbe.